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La minute artificielle

Un salarié sur trois sabote la stratégie IA de son entreprise

29 septembre 2026 · 3 min de lecture
Un salarié sur trois sabote la stratégie IA de son entreprise

Un chiffre qui dérange

L'enquête a de quoi surprendre les directions les plus convaincues de leur stratégie IA. Sur 2 400 travailleurs interrogés aux États-Unis, au Royaume-Uni et en Europe, 29 % des employés admettent saboter la stratégie IA de leur entreprise. Ce chiffre grimpe à 44 % chez les salariés de la génération Z.

Le mot "sabotage" mérite qu'on s'y arrête. Il ne s'agit pas d'un acte isolé ou d'un accident de rollout. Les formes observées vont de l'entrée d'informations confidentielles dans des outils d'IA publics non approuvés, à l'usage de systèmes de "shadow AI", au refus d'utiliser les outils imposés, jusqu'à la manipulation des évaluations de performance ou la production volontaire d'un travail de mauvaise qualité pour faire passer l'IA pour inefficace.

Pourquoi les salariés résistent

La peur de perdre son emploi n'est pas un fantasme isolé. Parmi les salariés qui admettent avoir saboté, 30 % citent la peur que l'IA prenne leur emploi comme motivation principale. Et cette peur n'est pas irrationnelle : tandis que 24 % des employés disent craindre d'être licenciés s'ils ne deviennent pas des utilisateurs experts de l'IA, une majorité de 60 % des dirigeants du C-suite confirment qu'ils prévoient de licencier les employés qui ne peuvent pas ou ne veulent pas utiliser l'IA.

L'enquête révèle aussi une explication moins spectaculaire mais tout aussi lourde de sens : 79 % des dirigeants reconnaissent être confrontés à des difficultés comme un retour sur investissement décevant, des lacunes stratégiques et des luttes de pouvoir internes. Les salariés réagissent donc à des déploiements bancals, imposés sans accompagnement ni cap clair sur leur propre avenir dans l'organisation.

Un mot-valise qui brouille le diagnostic

Il faut toutefois se garder d'un raccourci. Le terme "sabotage" utilisé par l'étude agrège des comportements très différents. Refuser d'utiliser un outil mal conçu, contourner une consigne inapplicable ou passer par un outil non approuvé parce que l'outil officiel est plus lent : ce ne sont pas les mêmes actes qu'entrer délibérément des données sensibles dans un chatbot public ou trafiquer une évaluation de performance. Un commentateur qui a analysé l'étude en détail note que le premier cas relève parfois d'un salarié qui cherche à travailler efficacement, révélant une défaillance du déploiement plutôt qu'une volonté de nuire.

Cette distinction n'est pas un détail technique. Elle conditionne la réponse à apporter. On ne traite pas de la même façon une négligence, un contournement lié à un outil mal pensé, et une atteinte volontaire à la sécurité de l'entreprise. Confondre les trois sous un même label pousse les directions à répondre par la sanction là où il faudrait revoir l'outil, ou par la formation là où il faudrait clarifier ce que devient le poste du salarié une fois l'automatisation en place.

Ce qu'il faut en retenir

Le vrai point de blocage n'est pas technique. C'est la confiance. Une stratégie IA qui n'explique pas clairement ce que deviennent les tâches et les postes après l'automatisation crée un terrain fertile pour la résistance, active ou passive. Le taux particulièrement élevé chez les plus jeunes salariés traduit une réaction à un rapport de force perçu comme défavorable, plutôt qu'une hostilité de principe à la technologie. Avant de multiplier les outils, il vaut mieux répondre à une question simple : que devient chaque salarié une fois l'IA en place. Sans cette réponse, aucun déploiement, même le mieux financé, ne tiendra durablement.

Sources

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