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Salesforce parie sur Claude plutôt que sur son extinction par l'IA

15 septembre 2026 · 3 min de lecture
Salesforce parie sur Claude plutôt que sur son extinction par l'IA

Le 27 août 2026, l'action Salesforce a connu sa deuxième meilleure séance de toute son histoire boursière. Une hausse de 22% en une journée, un mouvement que seul août 2020 avait dépassé, avec une progression d'environ 26%.

Ce qui s'est passé

Le déclencheur est double. D'abord des résultats trimestriels solides : le chiffre d'affaires a progressé de 11% sur un an, à 11,35 milliards de dollars, et le bénéfice par action a bondi de 102%, à 5,90 dollars. Une partie substantielle de cette dernière hausse vient toutefois d'un effet comptable : Salesforce a enregistré un gain de 2,6 milliards de dollars grâce à sa participation dans Anthropic, dont la valorisation a atteint 965 milliards de dollars lors de son dernier tour de financement en mai. Cette participation représentait 22% du portefeuille d'investissement de Salesforce en janvier ; elle en pesait 45% fin juillet.

Ensuite, et surtout, l'annonce d'un partenariat élargi baptisé Claudeforce. Concrètement, Salesforce installe ses données clients, ses flux de travail et ses règles de gouvernance directement à l'intérieur de Claude, l'assistant d'Anthropic. Un plugin doté de 37 compétences commerciales prédéfinies permet déjà à des clients pilotes de rédiger des emails, mettre à jour des dossiers ou préparer des rendez-vous depuis l'interface de Claude. Une bêta ouverte est prévue en septembre 2026.

Pourquoi c'est un signal fort

Ce partenariat répond directement à un narratif qui pesait sur tout le secteur du logiciel d'entreprise depuis un an : la crainte que les agents IA autonomes contournent purement et simplement les interfaces logicielles classiques, rendant obsolètes les éditeurs comme Salesforce. Le patron de Salesforce, Marc Benioff, a été direct sur ce point lors de l'annonce des résultats, jugeant qu'il était temps de mettre fin à cette idée de disparition du SaaS.

L'action Salesforce avait pourtant nettement souffert de cette crainte : le titre restait en baisse d'environ 22% depuis le début de l'année avant ce rebond, après une année 2025 déjà marquée par un recul comparable. Le rebond du 27 août a aussi profité à d'autres éditeurs comme Adobe, ServiceNow ou Autodesk, preuve que le marché a interprété l'annonce comme un signal pour tout le secteur, pas seulement pour Salesforce.

Ce que cela change concrètement

Le pari de Salesforce est clair : plutôt que de laisser Claude devenir un concurrent qui accède aux données des entreprises par-dessus sa tête, l'éditeur choisit de devenir le fournisseur de données, de règles et d'actions gouvernées que Claude vient consulter. Le patron d'Anthropic, Dario Amodei, a lui-même reconnu que cette architecture pourrait devenir la norme pour l'ensemble des systèmes d'entreprise.

Pour les directions qui utilisent Salesforce, la promesse est celle d'une bascule progressive de l'interface humaine cliquable vers une interface conversationnelle pilotée par un agent. Le président des applications chez Salesforce est allé jusqu'à dire que le jour où les utilisateurs cesseront de passer par l'interface traditionnelle pour passer par un agent, la valeur de Salesforce augmentera considérablement. Une déclaration qui peut surprendre venant d'un éditeur dont le métier a longtemps été justement de vendre cette interface.

Reste une part d'incertitude. Aucune tarification n'a été annoncée, les clients devront contracter séparément avec Anthropic pour l'inférence Claude, et le déploiement reste limité à des clients pilotes pour l'instant. Le partenariat ressemble aussi, pour une part, à une opération de communication destinée à rassurer les investisseurs à un moment précis : celui des résultats trimestriels. La valorisation prêtée à Anthropic, avec des spéculations évoquant jusqu'à deux mille milliards de dollars pour une future entrée en bourse, paraît largement déconnectée des métriques financières habituelles d'une entreprise technologique.

Ce qu'il faut retenir : la thèse d'une disparition pure et simple des éditeurs de logiciels face aux agents IA autonomes se heurte, pour l'instant, à la capacité des acteurs installés à intégrer ces agents dans leur propre infrastructure plutôt qu'à les combattre. La bataille ne se joue plus sur l'interface, mais sur qui détient les données et la gouvernance.

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